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Charlotte Cumet : Professeure de Français et de Latin

Publié le 14 janvier 2021 Mis à jour le 22 février 2021
Charlotte Cumet
Charlotte Cumet - Charlotte Cumet
Date(s)

le 18 janvier 2021

Nous avons eu plaisir à partager une Conversation avec Charlotte Cumet, toute nouvelle professeure de français et de latin à Notre-Dame du Grandchamp. Enseignante depuis 20 ans, Charlotte Cumet vient défendre avec passion l’enseignement des langues anciennes, du latin de surcroit, qui selon ses mots « nous permettent d’entrer dans les coulisses du français », qui font de nous des Hommes complets et éclairés, bien ancrés dans notre monde et notre époque.

On dit du latin que c'est une "langue morte", tout comme le grec : pourquoi alors encore les étudier en 2021 ? 

C. Cumet : Le latin n’est pas une langue morte ! Elle vit à travers nous. Elle nous apporte la compréhension de nos textes et de notre culture. Pourquoi faudrait-il se priver d’étudier ce qui nous permet de comprendre l’origine des choses ? 
Les langues anciennes sont les racines d’un arbre. En les étudiant, les mots perdent de leur mystère, mais ne perdent pas de leur magie. Cela permet de mettre les mots en relation, ils acquièrent une raison d’être. Il faut connaitre l’histoire des mots et connaitre l’histoire de notre langue pour comprendre notre culture. 
N’oublions pas que nos grands auteurs maîtrisaient le latin. Rimbaud, à 15 ans, écrivait des poèmes en latin, pas parce que c’était Rimbaud, mais parce que ses professeurs le lui demandaient ! Ils avaient un bagage qui a infusé leurs textes. La littérature s’inscrivait dans une tradition. Le but, n’était pas d’être novateur et original. Les auteurs passaient leur temps à réécrire des textes anciens.  
Oui le latin est utile ! Il peut aider les élèves en philosophie, en français, à tous les niveaux à mon avis. Il permet d’acquérir une rigueur qui est souvent nécessaire aux rêveurs, aux imaginatifs. 
 
Est-ce qu’on enseigne le latin aujourd’hui comme autrefois ? 

C. Cumet : Les professeurs font pas mal d’efforts pour rendre la matière plus attrayante, diversifiée. J’aime enseigner par le jeu. Faire travailler les élèves entre eux. C’est aussi un moment où on peut travailler les méthodes (3h/semaine). On a le temps de voir comment on peut apprendre différemment, comment on peut s’enseigner des choses les uns aux autres. Nous avons moins de pression que dans d’autres matières. C’est donc un bon soutien pour les jeunes. 

Le latin est-il une matière élitiste ? 

C. Cumet : Il n’y a pas d’injustice sociale lorsque l’on étudie le latin. Tout le monde part du même niveau. Aucun élève n’a de parent parlant couramment le latin, bilingue ou expatrié.  
Il est vrai que certains élèves ont plus de dispositions que d’autres. C’est un apprentissage qui demande un effort supplémentaire. Mais c’est comme pour toute autre discipline.  
Dans les zones d’éducation prioritaires, le grec a pas mal de succès, parce que son apprentissage permet de se réconcilier avec la lecture, parce que c’est un autre alphabet. 
Pour des personnes issues de l’immigration, c’est une aide précieuse. Apprendre le français en apprenant ses racines. Donner la maîtrise réelle, profonde à des élèves dont le français n’est pas la langue maternelle me parait très important. On communiquera mieux avec tous les autres peuples si on sait ce qu’on a à leur apporter, si on sait en quoi consiste notre originalité.   

Pour quelles raisons les élèves aiment-ils le latin et son temps d’apprentissage ? 

C. Cumet : Les élèves aiment comprendre, voir comment la langue évolue, comment elle est fabriquée (linguistique et conjugaison). 
Le cours de latin est un lieu ou un moment où on parle. Les jeunes peuvent s’exprimer parce qu’ils sont en petit groupe, ils se connaissent très bien car se suivent d’année en année. Il existe un vrai climat de confiance. Certains me disent que ça les détend.  
C’est un lieu de construction, ils réagissent par rapport à un texte, à la pensée d’un philosophe. Sont-ils d’accord avec cette manière de voir le monde ? Les grandes questions de l’Homme y sont posées : le temps qui passe, la mort, la liberté, la liberté intérieure qui ne peut pas s’acheter, l’amour…  
Depuis le 16e siècle, « faire ses humanités » est une expression qui désigne l’étude des matières littéraires, qui visent à avoir ses lettres, connaître ses grands auteurs, ses grands textes, toucher à l’universalisme ; « à rendre l’élève plus humain ».  
Propos recueillis par Julie Axisa – 14/12/2020